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Les énoncés d’observation présupposent une théorie

On désignera par « énoncé d’observation » la formulation, dans un langage, du résultat d’une observation empirique. La question est de savoir de quel langage il s’agit, et s’il a un impact sur l’interprétation de l’observation.

Un énoncé d’observation est toujours formulé dans le langage d’une théorie préexistante. Un énoncé dont le contenu serait entièrement empirique n’existe pas.

Exemple : Un énoncé tel que « le faisceau d’électrons est repoussé par le pôle magnétique de l’aimant » est lourd de présupposés théoriques. En effet, il suppose le concept d’« électron », ainsi qu’un concept de « magnétisme » (et la théorie qui va avec), le fait qu’un champ magnétique influence les électrons, etc.

Contrairement à ce que pense l’inductiviste, un énoncé d’observation a du sens parce qu’il repose implicitement sur une série de concepts présupposés. Cela reste vrai même pour des énoncés à l’apparence basique :

Exemple : Considérons l’énoncé « voici de l’eau » prononcé par un chimiste en désignant un verre remplit d’un certain liquide transparent. Cet énoncé présuppose déja que « l’eau est un liquide transparent ». Face à des doutes sérieux, le chimiste serait tenté de placer le verre dans un congélateur pendant 30 minutes, pour le ressortir et conclure « voyez, le liquide a gelé et il occupe maintenant un volume plus grand; c’est donc bien de l’eau ». Ce dernier énoncé repose sur la théorie que l’eau gèle à de basses températures, qu’il est le seul composé chimique qui occupe plus de volume sous forme solide que liquide, etc. Dans le pire des cas, il faudra recourir à l’analyse chimique, montrant que la formule chimique du liquide est bien H2O, ce qui est lourd en présupposés théoriques.

Une conséquence du fait que les énoncés d’observation présupposent une théorie est qu’ils deviennent faillibles. Un énoncé d’observation n’est plus nécessairement vrai. L’exemple suivant est lié au fait que lors d’une observation (dans une démarche inductiviste), on est obligé de sélectionner arbitrairement les éléments de l’environnement que l’on fera varier. En fait, cette sélection s’opère selon des présupposés théoriques qui indiquent quels éléments jouent un rôle dans le phénomène étudié.

Exemple : En 1888, Heinrich Hertz a voulu vérifier la prédiction de la théorie de Maxwell selon laquelle les ondes radio se propageaient à la vitesse de la lumière. Sachant que l’expérience était de nature électromagnétique, Hertz a supposé que les dimensions du laboratoire n’intervenaient pas dans le phénomène. Et pourtant, c’est ce qui a provoqué l’échec de l’expérience : les ondes radio se réfléchissaient sur les murs et interféraient avec les mesures, donnant pour résultat apparent que « la vitesse des ondes radio diffère de celle de la lumière ». Cet énoncé est faux, et cela vient du fait qu’il repose sur le présupposé selon lequel les dimensions de la pièce ne jouent aucun rôle.

Les énoncés d’observation sont donc faillibles parce qu’ils présupposent une théorie (faillible) implicitement adoptée par l’observateur.

 
 
 

Référence :

CHALMERS, Alan F., Qu’est-ce que la science ?, Paris : La Découverte, 1987.

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